Historique

La méthode du Rolfing® Intégration Structurale s’est développée à partir des années 1940 aux USA, puis à travers le monde, grâce au travail pionnier de la docteure Ida Rolf (1896-1979).

La méthode du Rolfing® Intégration Structurale s’est développée à partir des années 1940 aux USA, puis à travers le monde, grâce au travail pionnier de la docteure Ida Rolf (1896-1979). Sans cesse en évolution depuis, elle partage avec d’autres méthodes somatiques, proliférant depuis la fin du XIX et en dialogue avec des savoirs scientifiques et corporels divers, une approche holistique de la personne et une prise en compte de sa relation à l’environnement pour penser le geste et son potentiel d’action.

Perspective historique

La méthode du Rolfing® Intégration Structurale s’est développée à partir des années 1940 aux USA, puis à travers le monde, grâce au travail pionnier de Ida Rolf (1896-1979), docteur en biochimie à l’Université de Columbia (New York) en 1926, et l’une des premières femmes à travailler à l’Institut Rockefeller, pendant la deuxième guerre.

Elle établit cette méthode et l’enseigne surtout au cours des décennies 1960 et 1970, d’abord au mythique Institut Esalen en Californie, puis dans son propre Institut au Colorado. Celle-ci puise ses sources dans sa formation scientifique autant que dans ses recherches parallèles sur d’autres approches savantes du corps et du soin, moins institutionnalisées, comme l’ostéopathie, la chiropraxie, le yoga, la technique Alexander, ou la médecine homéopathique.

Pendant les recherches, nécessairement interdisciplinaires, qui mènent Ida Rolf à construire son approche de l’« Intégration Structurale », elle entretient aussi des échanges féconds avec des penseurs comme Fritz Perls (fondateur de la Gestalt-thérapie), Sam Fulkerson, les travaux d’Alfred Korzibsky (Sémantique Générale), ou John Bennet, disciple de Gurdjeff.

La question qui la guide, tout au long de ses explorations, concerne en effet l’entièreté de la personne et sa relation à son environnement : « Quelles conditions doivent être réunies pour que la structure du corps humain s’adapte aux flux gravitaires de telle façon que la personne tout entière puisse agir de la manière la plus optimale et économique ? » [1].

[1] “What conditions must be fulfilled for the human body’s structure to be organized and integrated in gravity so that the whole person can function in the most optimal and economical way?” citée dans le site de l’ERA, « Historical Perspective »

Le Rolfing® dans le champ des méthodes somatiques

Dès les années 1930, période pendant laquelle Ida Rolf voyage en Europe dans le but d’élargir ses connaissances de divers champs thérapeutiques, elle rencontre et développe des liens avec d’autres praticiens et chercheurs travaillant avec des approches du mouvement et de la santé alors très peu théorisées. Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que le philosophe et praticien, Thomas Hanna, propose une appellation commune à tout un ensemble de techniques et de savoirs sensibles qui se développent depuis le XIXème et tout le long du XXème siècles en Occident, parmi lesquelles se situe le Rolfing : les somatiques [1]. Le terme « somatique » est choisi par Hanna à partir du mot grec « soma », qu’il définit comme « le corps perçu de l’intérieur » [2], l’expérience subjective du corps, par opposition au corps objectivable des savoirs scientifiques. Hanna souhaite ainsi contribuer à la délimitation d’un champ émergent de savoirs, en soulignant un principe central qui traverse tout une constellation de méthodes corporelles, parmi lesquelles la méthode Feldenkrais, l’Eutonie, la méthode Alexander, le Body-mind centering…

En rupture avec la conception dualiste du corps-esprit, ces méthodes proposent toutes une approche holistique du sujet, prenant en compte l’ensemble de ses multiples dimensions (affective, cognitive, perceptive, coordinative, physiologique,…). Elles se développent souvent en dialogue avec des savoirs corporels provenant de l’Asie (yoga, arts martiaux), avec les pionniers de la danse moderne, ou encore avec divers courants de de la psychologie, des neurosciences, de la sociologie et de la psychanalyse. A partir de modes d’intervention très divers, elles cherchent à approfondir notamment le champ de la perception et développent des outils relationnels, gestuels, tactiles et kinesthésiques extrêmement fins. Elles s’inspirent souvent de pédagogies où « le corps vécu à la première personne » et le savoir de l’élève ont une valeur primordiale dans le processus d’apprentissage, qui est souvent pensé comme coopératif, voire auto-éducatif.

Bien que partageant des principes communs, ces techniques sont très diverses et leurs usages varient considérablement selon les périodes historiques et les contextes où elles sont expérimentées. A la suite de Michelle Mangione (1993), qui distingue trois périodes historiques dans le développement des somatiques [3], (depuis la première vague du tournant du siècle, jusqu’à l’explosion des années 1970) , Martha Eddy propose, elle, de situer le travail d’Ida Rolf parmi les pionniers de ce champ, aux côtés de F.M. Alexander, Mabel Todd, Irmgard Bartenieff, Gerda Alexander, Moshe Feldenkrais et Milton Tragger. Elle-même sous l’influence des recherches de Bess Messendieck, Ida Rolf contribue à son tour au travail d’autres générations de praticiens somatiques, dont beaucoup étaient également des danseurs – notamment à travers sa collaboration avec Judith Aston (fondatrice de la méthode Aston Kinetics).

 

[1] Hanna, Thomas, « What is Somatics ? », dans Johnson, Don H. (sous la dir.), Bone, Breath & Gesture, North Atlantic Books, Berkeley, Californie, 1995, p. 341-352.

[2] Hanna, T., « Clinical Somatic Education : a new discipline in the field of health care » texte en ligne : « A Soma, then, is a body perceived from within ».

[3] Eddy, M., « A brief History of somatics practices and dance : historical development of the field of somatic education and its relationship to dance » in Journal of dance and somatics, vol 1 issue 1 June 2009

Une méthode en évolution permanente

Depuis la mort d’Ida Rolf en 1979, Le Rolf Institute of Structural Integration, ainsi que ses organisations associées, y compris l’Association Européenne de Rolfing® (ERA), ont continué de partager son travail et de contribuer à développer une communauté de Rolfers™ certifiés à travers le monde. La formation pour devenir Rolfer™, comme la méthode elle-même, s’est enrichie au cours des années, intégrant les apports des figures majeures pour l’évolution de la méthode, comme Robert Schleip, Rolfer et chercheur spécialiste des fascias, Peter Levine, Rolfer™ et formateur de l’approche Somatic Experiencing et Hubert Godard. Ce dernier développe depuis le début des années 1990 l’approche dite fonctionnelle du Rolfing®, le Rolf Movement®, s’intéressant notamment au système perceptuel qui sous-tend la posture, non pas comme pure organisation bio-mécanique, mais comme rapport esthésique au monde. La notion de corporéité [1], celle d’attitude, et les dynamiques inter-subjectives du geste prennent de plus en plus de place et orientent l’approche plus récente de la méthode, sans pour autant scinder celle-ci de la manipulation des fascias couplée à la finesse des expertises du toucher.

 

[1] Définition beaucoup plus plastique et ouverte de la notion traditionnelle de corps, que Hubert Godard reprend de son ami, le philosophe Michel Bernard (cf Bernard, Michel, « De la corporéité comme anti-corps » in De la création chorégraphique, CND Paris, 2001, p17-24), en y approfondissant la dimension de spatialité subjective, à travers l’attention aux chiasmes de la posture et aux dynamiques haptiques et phoriques du geste.