Le toucher Rolfing®

“Être touché soi-même,
accueillir avant de toucher,

c’est donner la possibilité à l’autre
de se sentir reconnu

et d’engager ainsi avec lui
une relation réciproque“

Hubert Godard

Lorsque vous vivrez votre première séance de Rolfing, vous ferez l’expérience d’un toucher très particulier, propre à cette méthode. Un toucher respectueux et intense qui vous permettra de sentir, parfois pour la première fois, votre territoire corporel bien défini, ancré, vivant, intègre.

Cela provient du fait que votre praticien a acquis un toucher technique, pour mobiliser les fascias et, en grande partie aussi, qu’il y associe un toucher éthique [1], à travers lequel il vous accueille d’une manière inconditionnelle.

[1] Toucher éthique, conceptualisé par Hubert Godard, “Être touché soi-même, accueillir avant de toucher, c’est donner la possibilité à l’autre de se sentir reconnu et d’engager ainsi avec lui une relation réciproque“

Évolution du toucher dans la pratique du Rolfing® depuis son origine jusqu’à nos jours

A l’époque où Ida Rolf a créé la méthode, les avancées scientifiques ne permettaient pas de connaître la vraie nature du tissu conjonctif. Il était considéré comme un tissu non innervé et Ida Rolf pensait qu’il nécessitait des pressions assez fortes et prolongées pour obtenir la plasticité recherchée.

S’associait une conjoncture particulière à cette période : le rapport au corps et à la douleur était différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Pour exemple, à la même période en France, Françoise Mézière créait sa méthode avec une certaine indifférence vis-à-vis de l’expérience douloureuse.

A l’origine de son enseignement, le Rolfing se concentrait uniquement sur la transformation posturale par le travail du fascia.

De nos jours :

  • Nous avons une meilleure connaissance des propriétés des tissus conjonctifs (les fascias) et savons qu’ils sont finement innervés. Voir entre autres les recherches de Robert Schleip, universitaire, chercheur et praticien en Rolfing.
  • Nous bénéficions des avancées neuro scientifiques sur l’étude du cerveau et du mécanisme de la douleur.
  • Nous avons un recul de plusieurs dizaines d’années d’expériences sur les pratiques somatiques.
  • La méthode s’est considérablement enrichie grâce aux recherches de Hubert Godard sur la perception, l’éducation et l’analyse du corps dans l’espace de la pesanteur [2].

Toutes ces avancées ont fait évoluer la méthode. Les praticiens en Rolfing travaillent les fascias de manière non directive et non intrusive, permettant à tout un chacun de bénéficier pleinement du processus. Dans cette approche le praticien travaille sur une matière vivante avec laquelle il rentre en dialogue. Ce toucher s’adresse à toute une enveloppe fasciale en l’étirant par couche successive, d’une manière intégrative [3].

[2] André Bullinger et l’Absm, Les effets de la gravité sur le développement du bébé, éd. Erès 2015

[3] Ce toucher est orienté par une intentionnalité particulière, appelé “gamma touch“ par Hubert Godard, qui diminue la réactivité des fuseaux neuromusculaires des patients par une influence sur la boucle gamma. Cette manière de faire évite ainsi la commande alpha corticale qui peut créer une réaction de défense au lieu de la détente recherchée.

La relation, composante majeure de l’expérience

  • Toute sensation est intégrable si le sujet est en capacité d’interpréter son expérience comme étant partie du processus. Lors d’un étirement par exemple, il peut être en mesure de bien accueillir le mouvement.
  • Le praticien s’accorde à la personne en adaptant son travail en fonction de ce qu’il ressent des manifestations exprimées par celle-ci. Si une douleur est présente, elle doit être intégrable par le sujet, en adaptant notre travail en fonction de son ressenti, celui-ci se sent respecté.
  • Le travail intègre les réactions du système nerveux du sujet, dans toutes ses manifestations, jusqu’aux plus faibles intensités. Cet accordage permet d’éviter tout effet d’intrusion, de surprise, c’est en cela que nous sommes assurés du respect de l’intégrité et des limites du sujet, et celui-ci signale, désigne, interprète sa sensation en toute tranquillité.
  • Il arrive qu’une main simplement posée puisse provoquer une trop forte réactivité, le praticien est alors en mesure de proposer et d’amener le sujet vers une expérience plus constructive et confortable.

Par cette approche, nous facilitons une baisse de la réactivité générale pour favoriser la détente et la dilatation en vue de permettre aux fascias de s’étirer. Le praticien les modèle alors de manière lente, prolongée et progressive.

Travaillés trop vite ou trop fort, les tissus se rétractent. Ressenti comme étant un signal douloureux, cela provoque une réaction d’alerte qui va aussitôt modifier la réactivité des fuseaux neuromusculaires : ils vont réagir plus vite au moindre étirement en rétractant la zone travaillée, ce qui est l’inverse du résultat recherché (reflexe myotatique).

On parle de la douleur [4] comme étant une donnée subjective, sensorielle et émotionnelle. Elle est le résultat d’une interprétation corticale de l’information nociceptive provenant d’une zone lésée, ou vécue comme telle, par le sujet.

Ces réactions subjectives dépendent, entre autre, du contexte, de la physiologie, de la culture et de l’histoire du sujet.

Dans le processus du Rolfing®, L’écoute du praticien permet d’éveiller les ressources propres du sujet qui devient, grâce à ce toucher éthique, acteur principal de son processus de développement et de bien-être.

[4] La douleur physique, Jean-David Nasio, éd. Payot