Le Rolfing®, Méthode douloureuse ?

Le Rolfing est parfois considéré comme étant une méthode douloureuse, pour plusieurs raisons :

  • A l’époque où Ida Rolf a créé la méthode, les avancées scientifiques ne permettaient pas de connaître la vraie nature du tissu conjonctif ou fascias. Il était considéré comme un tissu non innervé, Ida Rolf pensait qu’il nécessitait des pressions très fortes et prolongées pour obtenir la plasticité recherchée.
  • La conjoncture particulière à cette période : le rapport au corps et à la douleur étaient différents de celui d’aujourd’hui. Pour exemple, simultanément en France, Françoise Mézière créait sa méthode avec cette même indifférence vis-à-vis de l’expérience douloureuse.
  • A l’origine de son enseignement, la méthode se concentrait uniquement sur la transformation posturale par le travail du fascia. Le Rolfeur travaillait cette matière en se focalisant dessus.
  • Les manifestations émotionnelles ou douloureuses étaient interprétées comme des libérations… ou des résistances.
  • Cette approche est entretenue dans les médias de nos jours, et cette image du Rolfing comme étant une méthode douloureuse continue de se véhiculer.

Deux manières de pratiquer le Rolfing

L’historique de la méthode et son évolution a, comme tout changement, divisés les praticiens en deux tendances : ceux qui travaillent « à l’ancienne », et ceux qui travaillent en tenant compte du système nerveux et intégratif de l’individu.

Aujourd’hui :

  • Nous avons une meilleure connaissance des propriétés des tissus conjonctifs ou fascias et savons qu’ils sont innervés. Voir entre autres les recherches de Robert Schleip, chercheur et praticien en Rolfing.
  • Nous bénéficions des avancées neuro-scientifiques sur l’étude du cerveau et le mécanisme de la douleur.
  • Nous avons un recul de plusieurs dizaines d’années d’expériences sur les pratiques somatiques.
  • La méthode s’est considérablement enrichie grâce aux recherches de Hubert Godard sur la perception, l’éducation et l’analyse du corps dans l’espace de la pesanteur.

Toutes ces avancées ont opéré un changement d’approche. Par ailleurs, le travail des tissus n’est plus au centre de la réhabilitation posturale, il en fait partie. Les praticiens en Rolfing parviennent à le travailler de manière non directive et non intrusive, permettant à tout un chacun de bénéficier du processus. Dans cette approche le praticien travaille sur une matière vivante avec laquelle il rentre en dialogue. Ce toucher s’adresse à toute l’enveloppe fasciale en l’étirant par couche successive, c’est un toucher en écoute, s’appuyant sur la double sensorialité, conceptualisé par Hubert Godard sous le nom de « Gamma Touch », s’orientant vers l’activité/réponse des fuseaux neuromusculaires en lien avec les motoneurones gamma.

Réactivité à la douleur impliquant le stretch reflex (réflexe myotatique)

Lorsque l’on travaille trop vite ou trop fort, nous déclenchons une contraction, rétraction de la zone que l’on travaille, due au réflexe myotatique, au lieu de déclencher une détente et un allongement.

Si l’on ajoute à cela une réponse du cerveau interprétant ce signal comme étant douloureux, cela provoque une réaction d’alerte qui va aussitôt modifier la réactivité des fuseaux neuromusculaires : ils vont réagir plus vite au moindre étirement en rétractant la zone travaillée, ce qui est l’inverse du résultat recherché.

Cette réaction d’alerte fait aussi basculer le sujet sur le système sympathique qui amène vers la contraction, alors que le système parasympathique favoriserait au contraire la détente et la dilatation.

Nous visons une baisse de la réactivité générale pour permettre aux tissus de s’allonger, or cette manière de toucher provoque un rétrécissement et une focalisation due à la douleur qui morcelle le corps au lieu de l’intégrer.

Cependant dans certains cas et chez certaines personnes, cette approche, peut dans un deuxième temps entraîner des résultats probants. En effet, si l’individu recevant cet impact, parvient à traverser l’activité aiguë déclenchée, il peut en résulter ensuite un état de détente. Il s’agit dans ce cas d’un phénomène lié à une subjectivité particulière que l’on ne peut généraliser.

Pour toute autre personne, toute expérience de travail corporel vécue avec un sentiment d’effraction due à une trop forte douleur pendant le soin est nuisible.

Le seuil de douleur

Si une douleur est présente, elle doit être intégrable par le sujet, en adaptant notre travail en fonction de son ressenti, celui-ci se sent respecté.

Une douleur est intégrable si le sujet est en capacité d’interpréter son expérience douloureuse comme étant partie du processus. Lors d’un étirement douloureux par exemple, il peut être en mesure de bien accueillir le mouvement.

Lorsque le praticien repère des manifestations douloureuses, il doit en tenir compte, adapter son travail, questionner la personne, tous deux doivent s’accorder, priorité indiscutable devant être donnée au ressenti du Rolfé.

Nous repérons l’expérience douloureuse chez les individus à travers des manifestations comportementales qui sont des indicateurs de la douleur : expression faciale, larmoiement, mouvements corporels, cris ou pleurs, la réaction la plus aiguë étant l’évanouissement, dans ce dernier cas le sujet n’a plus aucun recours et s’absente littéralement de la réalité (réaction traumatique).

Lorsque nous travaillons les tissus en intégrant le système nerveux du sujet, toutes ces manifestations (évanouissement mis à part) peuvent être vécues dans de très faibles intensités. Il n’y a pas d’effet d’envahissement, de surprise, c’est en cela que nous sommes assurés du respect de l’intégrité raisonnable et des limites du sujet. Il n’y a pas de vécu d’effraction et celui-ci peut signaler, désigner, interpréter sa douleur en toute tranquillité.

Parfois une main simplement posée peut provoquer une trop forte douleur, le praticien devrait être en mesure de proposer et d’amener le sujet à une reconstruction de son territoire/peau lui permettant de modifier cette expérience vers une sensation constructive et confortable.

La relation est pleinement engagée dans le processus de réaction à la douleur et est une composante majeure de l’expérience.

                  

Il nous apparaît fondamentale que l’individu puisse suivre, accompagner et participer au processus du Rolfing en intégrant l’expérience.