Le Rolfing® et la Gravité

“Le thérapeute, c’est la gravité “
Docteur Ida Rolf, fondatrice du Rolfing

Définition de la Gravité

La force de gravité est le trait d’union du corps humain à la terre qui lui sert de support, elle agit comme un aimant. Ce phénomène, propre à la pesanteur, est créé par l’interaction qui surgit entre deux masses qui se rapprochent (la masse est la quantité de matière qui compose un corps, à l’inverse du poids, elle ne varie jamais).

Lors de ce rapprochement c’est la masse la plus imposante qui exerce l’attraction la plus forte : la terre attire donc le corps humain vers son centre.

Lorsque la masse d’un corps est traversée par la force attractive, nommée gravité, elle acquiert un Poids.

En résumé la force de gravité dépend donc de deux facteurs :

  • La distance qui sépare le corps de la planète (le poids du corps diminue s’il s’en éloigne)
  • La masse de l’astre sur lequel il se trouve (la lune ayant une masse plus petite que la terre, le poids du corps diminue car la force de gravité est plus faible).

Crédit Olive Rousseaux

Ida Rolf et la Gravité

 “A l’orée de chaque posture, de chaque geste, se dessine en filigrane l’organisation psychocorporelle qui a fondé notre relation particulière à la verticalité, à la gravité. [1]

Le docteur Ida Rolf, fondatrice du Rolfing, a développé ses recherches, sa pratique somatique et son enseignement à partir de cette intuition géniale : l’importance des effets de la gravité sur le développement humain et son bien-être. Pionnière dans les années 1960, elle émettait l’hypothèse que “ le développement humain est en grande partie influencé par l’environnement, il est par conséquent indissociable de la pesanteur…La relation entre l’humain et la force gravitaire peut soutenir et renforcer le développement humain ou au contraire participer à sa désorganisation“ [2].

La pesanteur, seule donnée invariable de notre existence, est le référentiel fondateur de notre orientation spatiale. Elle est la matière première du Rolfing.

Ida Rolf organisera sa méthode par l’étude et l’amélioration de la posture dans son rapport avec la gravité à partir de l’observation suivante : la tension corporelle augmente si l’on s’éloigne de la verticalité et diminue lorsque l’on s’en rapproche.

La posture est la résultante du maintien actif des différents segments du corps dans l’espace. Ce maintien actif dépend de notre manière d’être et de nous présenter au monde, il conditionne la façon dont chacun de nous perçoit son environnement et sa relation aux autres. La singularité expressive de chacun s’élabore en premier lieu dans le dialogue tonique du nourrisson avec son entourage. Ce système sera ensuite le support de l’organisation de sa stabilité et de sa motricité : équilibre, mouvement et expressivité s’entremêlent ainsi dès notre origine.

Notre posture est porteuse de notre histoire, depuis l’hésitation et le courage des premiers pas jusqu’aux derniers souffles.

[1] Hubert Godard « A propos des théories sur le mouvement », Marsyas. Revue de pédagogie musicale et chorégraphique, N°16, dossier « Le corps qui pense », Paris, Cité de la Musique, décembre 1990, p.19.

[2] Pauline Ida Rolf, «What conditions must be fulfilled for the human body’s structure to be organized and intergrated in gravity so that the whole person can function in the most optimal and economical way ? » cité dans le site de l’ERA, « Historical perspective »

Les êtres humains craignent la chute

Notre vie intra-utérine a mis en place tout ce qu’elle pouvait pour nous préparer à l’espace de la pesanteur [1], nous savons aujourd’hui qu’un des tout premier système à s’y développer est le système vestibulaire (organe de l’équilibre) et qu’il est déjà actif avant la naissance. C’est dire son importance chez les humains ! Même si le liquide amniotique diminue fortement l’impact de la gravité, celle-ci est quand même agissante, et la surprise du ressenti total de son action lors de la naissance est considérable!

Commence alors un développement complexe qui s’étendra sur plusieurs années…voire toute une vie, pour permettre à l’étayage gravitaire de se constituer et de se maintenir dans la meilleure efficience, le plus longtemps possible !

En observant un chat qui tombe, nous pouvons voir qu’il redresse d’abord la tête grâce au système vestibulaire de l’oreille interne. Cette orientation première lui permet ensuite d’aligner le reste de son corps sous la tête et de tendre les muscles de ses pattes afin d’organiser un bon atterrissage.

Atterrir, c’est un peu ce que nous faisons nous, êtres humains, à chaque pas.

C’est aussi par la tête que débute l’orientation chez le tout petit : le sens du « poids descendant », agissant de haut en bas, s’acquière et se coordonne en premier lieu par elle.

Le bébé peut porter et orienter sa tête bien avant de pouvoir porter et orienter son dos, puis l’ensemble de son corps. Il peut s’assoir vers 6 mois, puis il faudra encore six autres mois environ pour qu’il puisse tenir debout et commencer à développer la maitrise de ses pieds. Ceux-ci contiennent les capteurs de pression nécessaires à une première affirmation de sa sensibilité gravitaire commencée avec la tête. Cette conquête amène peu à peu l’enfant vers l’autonomie du portage, qui accompagne ainsi l’histoire de son développement subjectif. Ces acquisitions de la dynamique verticale l’introduiront aux possibilités du jeu et des enjeux de sa distance subjective avec autrui.

[1] André Bullinger et l’Absm, Les effets de la gravité sur le développement du bébé, éd. Erès 2015

Nous pouvons voir ici, l’orientation magnifique de la tête qui initie le mouvement lorsque l’enfant se relève

Les principaux capteurs de la gravité chez l’être humain

« Se lever, tenir debout, bouger : aucun mouvement ne se fait sans impliquer la gravité, sans engager un échange avec elle [1]», Ushio Amagatsu.

Notre sens de l’équilibre et de la gestion posturale nous permet de nous orienter et de bouger sans tomber, il se construit avec et par l’action de la gravité. Il dépend de l’harmonie du travail conjoint du système vestibulaire (oreille interne), des capteurs de pression du pied, de la vision et de la proprioception en général.

Toute anomalie durable de la coopération de ces systèmes entraînera des déséquilibres posturaux qui conduiront à des stratégies couteuses de maintenance dans l’espace.

Ces dernières réduisent progressivement le potentiel d’action du sujet, et entraînent une série de maux tels que mal-être, perte de capacité d’adaptation, inhibitions, douleurs etc…

Le praticien en Rolfing est confronté quotidiennement aux multiples stratégies développées par chacun.

Bonne nouvelle : il est possible à tout moment de la vie, de renégocier la relation de chacun avec la pesanteur dans le cas où celle-ci s’avèrerait pathogène.

[1] Ushio Amagtsu, Dialogue avec la gravité, traduit du japonais par Patrick De Vos, Arles, Actes Sud-Papiers, coll. « Le souffle de l’esprit », 2000.

Le Rolfing et la Gravité

Si Ida Rolf a montré la voie, la méthode continue d’évoluer en s’enrichissant grâce aux travaux de nombreux chercheurs, dont ceux de Hubert Godard pour ce qui concerne la gravité. Ce qui est proposé dans ce texte est issu de ses recherches et de sa pratique clinique. Cette approche apporte une manière très complète et vivante d’aborder l’ensemble des processus en jeu dans ce qu’il a nommé l’attitude gravitaire [1] d’un individu.

Quelques exemples de ce que signifie pour un praticien en Rolfing, l’intégration de la gravité à travers le travail sur les fascias :

  • Permettre aux différents segments du corps d’acquérir un positionnement harmonieux, le flux gravitaire traverse ainsi la structure plus librement vers le sol. L’individu se sent lesté, ancré au sol, cela lui procure stabilité et assurance.
  • Ralentir l’effet des gestes répétitifs et du vieillissement par la stimulation de nouvelles coordinations et de nouvelles habitudes gestuelles, afin d’élargir notre potentiel moteur.
  • Instaurer une dynamique plus juste entre les muscles extenseurs et fléchisseurs, pour nourrir ainsi la richesse de l’équilibre et de l’expressivité.
  • Stimuler la coopération des deux organes plus spécifiques à l’orientation: le système vestibulaire (oreille interne) et les capteurs de pression des pieds (activité haptique [2]). Cette stimulation des extrémités du corps active deux polarités pour créer une séparation haut/bas de manière à rendre le bassin indépendant de la cage thoracique. Cette séparation est fondatrice de la marche et de la respiration“. [3]
  • A partir de ces appuis solides, et d’un meilleur alignement des segments corporels, il sera alors possible d’organiser une dynamique de propulsion, qui donnera naissance à une force ascendante opposée à l’attraction terrestre.

Nous précisons que la verticalité obtenue par l’intégration positive des flux gravitaires ne signifie pas pour nous, se « tenir droit ». Ceci renverrait à une norme figée et réductrice, qui ne rendrait pas compte de la vivacité propre à chaque être. Il s’agit d’une dynamique qui se reconstruit à chaque mouvement en fonction de la singularité du corps de chacun.

Le Rolfing est une invitation à revisiter les lois de ce dialogue universel en tenant compte de l’expressivité unique de chaque être humain.

[1] Hubert Godard, séminaire de Rolfing Espagne 2011, “ L’attitude et la posture qu’elle forge, est la résultante de quatre domaines qui se chevauchent à l’infini : la structure corporelle, les coordinations, la gestion des flux sensoriels, le domaine symbolique. “

[2] Charlotte Hess et Claudia Righini, « Marcher une heure avec Hubert Godard » ; Revue Chimères numéro 93, éd. Erès : “L’activité haptique est la coopération d’un mouvement du corps et d’un organe sensoriel. En somme l’aspect « actif » du mouvement et l’aspect « passif » du récepteur, associés pour améliorer la prise d’information, la capture, la palpation “.

[3] Ibid. 1